Ce matin à 7h30, je récupérais au livreur un petit paquet. Pas une grosse surprise, tellement de fournisseurs ou de sociétés de livraisons sont en retard, et ce depuis le 5 décembre. Chaque jour j'attends des paquets en retard, mais chaque jour j'en reçois, c'est Noël. En tout cas ce paquet était pas un cadeau de quelqu'un, plutôt un cadeau pour moi, dont j'ai passé commande il y a 2-3 jours. Chaque année beaucoup de personnes se blindent de nouvelles (anciennes même) résolutions intenables. J'ai préféré arrêter ce jeu dans certains domaines, dont le domaine de la cigarette. Sans volonté, à part celui de croire briller 5 secondes en annonçant bourré à ses amis "zette année, charrête la clope, ouais" le 31 au soir, un pétard à la bouche, une vodka redbull dans la main, une fille sous le bras, et d'autres trucs pas très sains et dont je ne peux vous parler car je ne sais pas votre age, petit visiteur curieux.

J'ouvre discrètement le paquet sans réveiller celle qui dort dans le lit en attendant son café. Elle qui me demande souvent si je vais arrêter, et quand, et que ca sent la clope souvent quand elle rentre, mais que c'est quand même bien d'arriver à ne fumer que dans le salon et pas dans les chambres ou le bureau. Et moi de mon côté de culpabiliser pour ma santé, pour notre futur, pour l'odeur. Et pour plein de trucs mauvais qui définissent l'identité de la cigarette. Genre le matin plein de volonté, souriant, le cœur battant de vigueur mais aussi par manque de nicotine, on sort aller chercher les croissants, et puis dans la rue on se rend compte que la drogue nous manque. On se sent surpuissant, on se fait peur, la tête tourne presque, on pense qu'on peut tout changer, on respire, on accélère le pas jusqu'à la boulangerie, on remonte 4 à 4 les escaliers de l'immeuble, on sert le café, mais tout nous insupporte, enfin c'est notre cerveau qui nous dit, "t'es cool, c'est beau cette petite énergie, mais j'ai besoin de nicotine, et je vais pas te lâcher jusqu'à que tu me calmes, jusqu'à ce que tu NOUS calmes, parce que je suis pas seul, alors pense-y, pense à ta clope, redeviens zen, coquin".

Après les croissants et le café, le rayon de soleil qui tape dans le salon, affalé dans le fauteuil club, ça sent le cuir, on prend un journal, et le moment fatal arrive : la demoiselle repus mais bien réveillée commence à faire les 100 pas, à ranger, à demander, à conseiller, à laver, à préparer, à demander, à ranger, à laver, à demander, à ranger, ca y est le cerveau fait mine de plus encaisser. Les tempes tapent fortement. Pourtant on l'aime cette fille. On voit le cendrier, on l'évite en allant se chercher un autre café. On boit une gorgée, on est content. Sur de soi, on se relève (quelle énergie!) et on va chercher le paquet. On est sûr de soi, on se dit, c'est pas une qui va me faire du mal. On prend le paquet. La clope vers les lèvres déjà trempées d'autant de bonheur furtif en prévision. On culpabilise. On allume quand même, on tire dessus. On est content, on sourit à la fille, on s'assoit de nouveau, et là on se rend compte que toute l'énergie accumulée s'évapore. Résultat on glande, on recommence une autre clope, plus envie de bouger, peut-être un peu de PC, Facebook, emails, ces conneries habituelles. Mais c'est déjà trop tard. Le temps passe vite. Il fait nuit. Et demain après la nuit, on va encore se faire allumer par notre matière grise. Mais là, ce matin, on a sonné, un paquet, des tubes étranges, des vapeurs, des saveurs. C'est avec une cigarette électronique je que vous écris ce message, depuis mon bureau, ou je n'avais jamais fumé. Contrairement à la cigarette traditionelle, ça ne coupe pas autant la faim, et même s'il n'est que 10h20, je vais me faire sur mon club une soupe nouilles et boeuf, pour reprendre des forces, depuis près de 20ans sur 31 que je me suis fais avoir par les campagnes Marlboro. J'ai du retard à rattraper. A tout'